Je suis en couple avec John depuis 18 ans. On s’est séparés par moments, mais toujours pour mieux se retrouver. On a ensemble un fils de 14 ans. Il s’appelle Victor. John n’a pas toujours été un enfant de cœur. Il a été naïf et il y a neuf ans, il a dû passer par […]
Je suis en couple avec John depuis 18 ans. On s’est séparés par moments, mais toujours pour mieux se retrouver. On a ensemble un fils de 14 ans. Il s’appelle Victor.
John n’a pas toujours été un enfant de cœur. Il a été naïf et il y a neuf ans, il a dû passer par la case prison. A sa sortie, on a essayé de vivre une vie normale. Après plusieurs années, on a voulu régulariser sa situation. Trois semaines après avoir commencé les démarches, ils sont venus l’arrêter à la maison et nous ont séparés à nouveau.
Les sept mois que John a passé en centre de détention ont été très difficiles. Pour lui, évidemment, mais aussi pour Victor et moi. J’ai l’impression que ça m’a infligé un traumatisme. Ça a été comme des coups de hache : progressif et profond. J’essayais d’être forte pour Victor, de ne rien laisser paraitre. Dès le deuxième mois j’ai dû être suivi par un psychologue pour tenir bon. Il en a fallu de peu pour que notre bateau ne sombre pas.
Victor avait déjà dû patienter plusieurs années pour avoir un papa. Il ne se serait jamais imaginé que son père soit emmené à nouveau. Ça a été un choc qu’il a essayé de digérer à sa manière. Il n’en a pas beaucoup parlé. Il n’y arrivait pas. Ses amis l’ont trouvé changé. Le garçon calme et jovial s’est transformé en un jeune homme vulnérable qui se met vite en colère et a perdu le sourire. La présence de John a eu un effet positif sur nous. Je me suis par exemple remise aux études. Avec sa détention, on ne savait plus si on allait y arriver. Si on allait atteindre le but qu’on s’était fixé : notre rêve de pouvoir former ensemble une famille.
Victor était en troisième et il a malheureusement redoublé son année. Toutes ces incertitudes, les espoirs et puis les mauvaises nouvelles. Ça a été une année de combat. Ces histoires de comment les rapatriements se déroulent, ça lui a fait du mal. Tu fais de ton mieux afin qu’il ne t’entende pas en parler, mais il n’est pas bête, et je pense qu’il écoutait derrière les portes.
Ils n’ont totalement pas tenu compte du fait que John avait un enfant. S’ils avaient pu, ils auraient empêché la procédure de reconnaissance. C’est parce que l’ambassade a trainé avec le laissez-passer qu’on a eu le temps de la faire. L’Office des étrangers s’est basé sur un dossier passé, sur des faits qui ont eu lieu il y a dix ans. Ils n’ont aucune idée de comment on se trouve dans la vie en tant que famille. C’est une honte qu’ils ne fassent pas l’effort de voir et interroger les personnes derrière le dossier. Surtout quand il y a des enfants. C’est inhumain.