Peur pour notre enfant : L’histoire de Thérèse

Patrick m’appelle toujours quand il arrive au boulot aux alentours de 23h. Ce soir-là, j’ai attendu minuit avant qu’il m’appelle. Il était bouleversé. Il m’a dit qu’il avait été arrêté et qu’il était au commissariat. Ça a coupé. J’étais confuse. J’ai essayé de rappeler plusieurs fois sans succès. Je n’ai pas dormi de la nuit. […]

Patrick m’appelle toujours quand il arrive au boulot aux alentours de 23h. Ce soir-là, j’ai attendu minuit avant qu’il m’appelle. Il était bouleversé. Il m’a dit qu’il avait été arrêté et qu’il était au commissariat. Ça a coupé. J’étais confuse. J’ai essayé de rappeler plusieurs fois sans succès. Je n’ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain, vers midi, il m’a enfin rappelé. Il m’a dit qu’on l’avait envoyé à Bruges parce qu’il travaillait sans papiers. J’ai réveillé la petite et j’ai sauté en voiture. On vit à Liège, j’ai mis quasi 3h à arriver. Quand je l’ai vu, j’ai craqué. Je me suis immédiatement mise à pleurer. Après même pas 30min, on m’a dit de partir et on a dû se séparer. Patrick m’a demandé de trouver un avocat et de rassembler tous les papiers de la procédure de regroupement avec notre nouveau-né.

Je suis revenue le lendemain, mais on ne m’a pas laissée rentrer parce que j’avais 5min de retard pour la visite. Ils n’ont même pas voulu prendre les documents que j’avais amené. Les larmes coulaient sur mes joues. Cinq minutes  sur un trajet de 3h, c’était le temps de de mettre la petite dans la poussette. Je suis rentrée dépitée. La petite est tombée malade ce soir-là. Avec moi qui me remettais de ma césarienne, Patrick m’a dit qu’il valait mieux que je ne revienne plus et qu’on se soigne.

La séparation était difficile. J’ai vraiment vécu deux semaines dans le stress le plus total. Jusqu’à présent je ne suis pas bien. Je me réveille encore la nuit en sursaut. Tu es habitué à la présence de quelqu’un et, du jour au lendemain, il disparait. Tout d’un coup tu te retrouves à rouler des kilomètres sans comprendre ce qu’il se passe. Le moment le plus difficile, c’était le matin, quand je me réveillais et réalisais. C’est aussi Patrick qui se levait le premier pour s’occuper de la petite afin que je puisse continuer à dormir. Ce n’était pas que psychologiquement que j’étais abattue : j’ai eu beaucoup de mal à me remettre de ma césarienne et j’ai tellement pleuré que mon œil gauche s’est infecté.

Je n’ai parlé de la situation à personne. J’avais honte. Non seulement Patrick n’avait plus de papiers pour l’instant, mais en plus on l’avait arrêté. Je suis restée enfermé pendant des jours. Financièrement, on s’est aussi fait du mouron. J’étais en congé de maternité et l’avocat coutait de l’argent. Je n’ai pas su payer le loyer de décembre. J’ai dû jongler pour tenter de joindre les deux bouts comme on dit.

Ça a été un grand soulagement quand ils ont libéré Patrick. On est à nouveau réuni, mais le doute reste tant qu’on n’a pas de réponse à notre demande de regroupement familial. Je me pose 1001 questions. Que ça se termine par son rapatriement, ça, je ne peux pas me l’imaginer. Je suis déçue par le système. Quand tu meurs, ça ne change rien que tu aies les papiers ou pas. C’est l’humain qui fabrique les papiers.