Témoin pour Change: l’histoire de Abdulkader

En arrivant à Louvain, nous retrouvons Abdulkader qui nous guide vers un café encore très calme en ce milieu de matinée. En troisième année d’études de kiné à la KUL, c’est un jeune homme très énergique qui a beaucoup à raconter. Abdulkader est témoin au sein du programme Change depuis 2020. Ce programme a pour […]

En arrivant à Louvain, nous retrouvons Abdulkader qui nous guide vers un café encore très calme en ce milieu de matinée. En troisième année d’études de kiné à la KUL, c’est un jeune homme très énergique qui a beaucoup à raconter.

Abdulkader est témoin au sein du programme Change depuis 2020. Ce programme a pour but d’aller parler de migration dans les écoles pour casser les préjugés et éveiller l’esprit critique des élèves. A l’une des étapes du programme Change, chaque classe rencontre une personne qui a un parcours de migration et qui vient raconter son histoire et échanger avec les élèves.

Fort de son expérience de quelques années avec JRS et de son envie de partager et d’éveiller les consciences, Abdulkader témoigne à travers une présentation très documentée et interactive qu’il fait constamment évoluer. « Je ne veux pas juste parler de ma propre histoire, mais aussi témoigner de tous ceux qui sont encore sur les routes, aux frontières de l’Europe ou ailleurs. »

Abdulkader nous en dit un peu plus sur son parcours : ‘Je suis né et j’ai grandi à Alep, en Syrie. C’est une ville aux rues agréables. Je viens d’une société où la famille est très importante et se soutient beaucoup. J’aimais faire du vélo et je jouais dans une équipe de foot. J’ai choisi quitter mon pays suite à des blessures causées par l’explosion d’une bombe. J’étais alors l’un des meilleurs élèves de troisième secondaire et j’avais la possibilité d’aller dans une école très sélective. Je suis parti, seul, pour Idlib, au nord de la Syrie. J’ai passé la frontière turque, j’ai retrouvé mon frère, sa femme et ses quatre enfants en Turquie et nous avons pris le bateau ensemble à Izmir pour la Grèce. Mon frère avait deux jumeaux de quatre mois sur lesquels je veillais. Le bateau est tombé en panne au milieu de la mer. Par chance, nous avons été secourus par des garde-côtes qui nous ont emmenés à Lesbos. De là, j’ai gagné Thessalonique et j’ai pris l’avion. Je suis arrivé seul en Belgique en octobre 2015. J’avais 14 ans. J’ai pu obtenir une protection internationale et j’ai été hébergé à Genk dans le Limbourg, où j’ai appris le néerlandais. J’ai dû beaucoup me débrouiller seul. J’ai pu faire venir mes parents et mes sœurs par regroupement familial.’

À propos de son expérience avec Change, il raconte : ‘J’ai fait connaissance avec le programme Change à travers un autre programme, 50 Humans. Grâce à Change, je peux donner ma propre explication sur mon choix de migrer et contribuer à décriminaliser les migrants. Je ressens mon volontariat pour Change comme une mission : celle de parler de la situation des migrants et des réfugiés et d’encourager les élèves et les professeurs que je rencontre à agir pour les soutenir. Si je peux toucher quelques personnes lors de mes témoignages, qui à leur tour convainquent des personnes de leur entourage d’agir, cela peut faire boule-de-neige et ainsi contribuer petit à petit à améliorer la situation des migrants en Belgique. Ainsi, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile.’

‘Au mois d’août, j’ai profité de mes vacances pour retourner à Thessalonique et à Rhodes, en Grèce. Je souhaitais aller voir sur place quelle était la condition des migrants et échanger avec eux. On ne se rend pas compte de ce que les migrants ont vécu et on attend d’eux qu’ils apprennent la langue et s’intègrent dès leur arrivée alors qu’ils ont besoin de digérer leur expérience et de faire le deuil des personnes et des choses qu’ils ont perdues. En pratique, il existe très peu de soutien psychologique pour les réfugiés alors qu’ils ont connu des traumatismes importants pendant leur parcours migratoire.’

Au cours de notre discussion, nous apprenons qu’Abdulkader n’est pas seulement actif au sein de projets en lien avec la migration, mais également impliqué dans des projets sportifs à l’université : il se prépare pour une course de 24h organisé par les étudiants, et il est ambassadeur d’étudiants pour la faculté de kiné de la KUL.

Abdulkader nous donne l’impression d’aimer les défis. « Bien sûr, répond-il. Sans cela, je ne serais pas vivant. Ma devise, c’est de ne jamais abandonner. J’essaie de m’encourager à aller plus loin dans ce que je fais ; je veux prouver que tout est possible, qu’il y a beaucoup de force en chacun de nous. La vie m’a appris que la lumière jaillit des profondeurs.’ Le jeune homme évoque trois personnalités qui l’inspirent particulièrement : un auteur palestino-saoudien, Ahmad Al Shugairi, et le footballeur Zlatan Ibrahimovic.

‘Rester en Syrie était pour moi synonyme de mort intérieure sur le long terme. Mais, si c’est possible, j’aimerais retourner dans mon pays pour le reconstruire en donnant par exemple des formations de kinésithérapie.’